Qui : Duff McKagan et Dave Kushner | Quand : 2004 | Quoi : Izzy Stradlin, la tournée, l'Europe...


Tout d'abord, que fait Izzy Stradlin dans cet hôtel ?
Duff : Ben, rien de spécial, il glande. Il est venu nous rendre visite à Paris, après s'être pointé à Bologne, en Italie. D'ailleurs, là-bas, Scott lui a proposé de monter sur scène avec nous pour taper le boeuf sur "It's So Easy".


Allez vous réitérer l'expérience ce soir ?
Duff : Je n'en ai aucune idée.


Dave, sans vouloir t'offenser, tu es l'inconnu de Velvet Revolver. Peux-tu nous parler de ton parcours ?
Dave : J'ai commencé à jouer de la guitare uniquement pour entrer dans ce groupe ! Non, je plaisante. Comme beaucoup, j'ai débuté la gratte vers 16 ans, mais je n'ai jamais vraiment réussi à en vivre. Je ne sais pas, j'ai peut-être une trop grande gueule, alors je me suis souvent fait virer de groupes ! Puis, je n'ai pas eu de chance : j'ai bossé six mois avec Dave Navarro et il a lâché l'affaire pour remonter Jane's Addiction ! Sinon, j'ai également joué avec Danzig, Infectious Groove, Wasted Youth... Mon histoire est définitivement pépère par rapport à celle des autres membres de Velvet Revolver.


Considères-tu que ta position est confortable du fait que tu sois en retrait par rapport au quatre autres superstars ?
Duff : On a fait une séance de dédicaces à Londres et il y a un gamin de quatorze ans maxi qui s'est pointé : il avait exactement le look de Dave. Un bonnet, la moustache, des lunettes ! Dave a déjà ses superfans !
Dave : Il ne s'agit ni d'un confort, ni d'un inconfort : je suis le nouveau, je n'ai pas de passé. En fait, et je pense que c'est ce qui fonctionne dans le groupe, c'est qu'avant de monter Velvet, j'ai joué avec Duff. Nous nous sommes très bien entendus. Je connais Slash depuis quinze ans... Je ne me sens pas comme un étranger. Je peux sembler être une pièce rapportée, mais je suis pote avec tous ces mecs depuis longtemps. Et pour être honnête, c'est cool d'être anonyme : je peux sortir dans la rue sans que les gens se mettent à hurler, et je n'ai pas de milliards de demandes d'interviews.


En Allemagne, il y a eu un incident puisque, durant le festival Rock Am See, la foule s'est mise à hurler "Guns N' Roses". La page est Velvet Revolver est dure à tourner pour les fans.
Duff : Il n'y a qu'à ce festival que nous avons eu ce problème. Sur le reste des concerts que nous avons donnés, les gens criaient "Velvet Revolver". Aux Etats- Unis, le public a tourné la page, vraiment. L'autre jour, je me baladais à Manhattan avec Matt et on a entendu un trentenaire dire à son pote "Eh, regarde, c'est Matt et Duff de Velvet Revolver". Matt et moi nous sommes regardés et nous sommes dit que ça y était, que nous étions parvenus à nous défaire du passé. En France, Guns N' Roses n'a pas donné de concert depuis onze putain d'années ! Je ne pense pas qu'on se souvienne encore de Gn'R ! Ce groupe a été une exception, un phénomène qui a mondialement explosé, mais c'est fini. D'ailleurs, lors de notre prochaine tournée américaine, qui commence dans un mois, nous ne jouerons plus "It's So Easy" ou "Mr. Brownstone" Et puis, pour être honnête, moi je n'ai pas entendu ces cris "Gn'R", on m'en a juste parlé. Je crois que l'histoire du festival allemand a pris des proportions énormes à cause d'Internet.


Comment expliques-tu que Slash, Matt et toi aient si facilement fait le deuil du groupe et que ce ne soit pas le cas des fans ?
Duff : Franchement, les kids se fichent de Guns. Les plus vieux ont la nostalgie du groupe et je peux le comprendre. Et je ne leur en veux pas. Je suis fier d'avoir fait partie de Guns N' Roses, d'avoir composé ces titres. Mais c'est du passé. Et si nous entretenons la nostalgie, ben, c'est un peu de notre faute puisque nous jouons des morceaux de Guns. Et de Stone Temple Pilots d'ailleurs. Et puis merde, nous ne sommes pas un super-groupe, nous ne sommes que cinq mecs qui faisons du rock, des mecs très proches qui avons traversé les mêmes problèmes d'addiction, qui ne s'attendaient à rien. Il s'avère que Velvet Revolver marche, tant mieux !


C'est ta perception des choses : tu dois bien comprendre que celle des observateurs est forcément différente.
Duff : Ma conception de super-groupe, c'est quand une formation est préfabriquée, quand des types, encouragés par leur maison de disques se réunissent pour faire du cash. Un truc comme Damned Yankees ou les Travelling Wilburys. Ce n'est pas notre cas. Velvet Revolver est un nouveau groupe. Nous avons un passé, mais nous ne reposons pas dessus.
Dave : Si nous étions un super-groupe, nous aurions pris un chanteur passe-partout, aurions écrit douze titres, serions entrés en studio et basta. Non, nous avons cherché un frontman pendant un an, sans contrat avec une maison de disques. Moi, je n'ai pas une thune, c'est Duff et Slash qui ont payé pour toutes les répétitions, les auditions... On a bossé comme des malades. Nous faisions cette petite tournée des clubs pour le plaisir. Si nous voulions faire de l'argent, nous pourrions jouer dans des salles bien plus grandes.


Duff, te rappelles-tu de ton concert solo en 1993, à Bercy avec Sepultura et Scorpions ? Tu as joué avec Sepultura ?
Duff : Oui... Enfin, je crois. Je dois dire que je ne me souviens pas bien de cette tournée. A l'époque, je me défonçais toujours. C'était bizare et complètement différent d'aujourd'hui : j'étais le frontman du groupe, j'étais tout le temps bourré, les musiciens qui m'accompagnaient étaient des gamins qui n'avaient jamais mis les pieds en Europe. Je venais de tourner deux ans pour les "Illusions", j'étais crevé. Bon, pour arrêter de tourner autour du pot, je ne me souviens pas du tout de ce concert !


Comment se passe cette tournée des clubs ?
Dave : J'ai un peu exagéré tout à l'heure en parlant de tournée des clubs, car nous avons joué à Londres devant 5000 personnes. Mais nous avons également donné des concerts devant 600 fans. Nous ne savions pas trop à quoi nous attendre avec ce disque. Les gens du label n'arrêtaient pas de parler, blah blah blah, mais nous n'entendions pas. Nous étions dans notre bulle. Quand nous avons commencé à tourner aux Etats-Unis, notre disque n'était même pas encore distribué.


Et quand il est sorti, il s'est hissé en première position du Billboard.
Duff : Oui et nous avons été les premiers surpris : le rock n' roll n'est pas à le fête dans les charts américains. Le groupe le plus rock qui ait bien marché ces derniers temps est Jet, et ils n'ont même pas été dans le top 10. Tu ne peux jamais savoir comment le public va réagir et nous avons été agréablement surpris. A Stockholm, nous avons fait une séance d'autographes : il y avait des centaines de gamins de 16 ans. Quand Gn'R existait, ils avaient cinq ans. Ce sont des fans de Velvet pas des Guns.


Comment réagissez-vous au fait que la presse anglo-saxonne se focalise sur les problèmes de Scott ?
Dave : Pff... Malheureusement, je crois que personne n'y peut rien. Aux Etats-Unis, tout le monde est intéressé par les passages au tribunal de Courtney Love. Les gens ralentissent sur l'autoroute lorsqu'il y a un accident de voiture : tout le monde veut voir le crash, mais personne ne veut en être victime. Chacun a ce côté voyeur en soi : observer, mais se tenir éloigné. C'est dur de lutter. Mais je comprends l'attitude de Scott vis-à-vis de la presse : c'est le type le plus adorable qui soit mais c'est lui qui a connu les problèmes. Et à côté de ses problèmes, il a une vie et il en a marre. Alors il a demandé qu'on arrête de lui parler de tout ça, mais les journalistes ont continué. C'est un être humain et il a réagi violemment en insultant des journalistes et en refusant désormais de leur parler. Nous l'appuyons totalement.
Duff : Tu as parlé de la presse anglo-saxonne, mais les italiens sont balaises aussi. Il y a des pays où on ne nous pose des questions que sur Gn'R ou la drogue. En France, ça va, vous n'êtes pas trop "drogue". Vous êtes plus Gn'R. Mais ce n'est pas si grave, car c'est un passé dont je suis fier : nous sommes passés d'un moment où nos potes se disaient que nous n'allions pas vivre assez longtemps pour enregistrer un album pour finir en donnant des concerts dans des stades autour du monde.


Dave, as-tu ton mot à dire sur le choix de Scott ?
Dave : Déjà, j'étais celui qui le connaissait depuis le plus longtemps ! Alors oui, bien sûr que j'ai eu mon mot à dire. Comme tout le monde dans ce groupe. Ce qui est marrant, c'est que lorsqu'il s'est pointé pour chanter, on a tous compris que c'était "lui".


Pourquoi ?
Duff : On a reconnu le putain de rocker, sa "Fuck you attitude", le mec qui avait traversé les même galères que nous, tant au niveau de la drogue, de l'alcool, que des putains de maisons de disques. Et puis merde, c'est un putain de chanteur. Mais en plus, nous sommes tous au même niveau face au business, on connaît les règles du jeu, on ne se fera plus mettre par notre label.


Dave, toi aussi tu as connu des déboires toxicomaniaques ?
Dave : Oui, malheureusement. Mais moi, je ne suis pas connu, alors personne ne le sait. J'ai eu une période d'alcoolisme aigu ou je me réveillais avec ma bouteille de vodka sur la table de nuit, et je buvais toute la journée jusqu'à ce que je tombe dans les pommes le soir. J'ai crashé ma bagnole, j'ai eu des retraits de permis, je me suis fait virer de boulots, je me suis fait engueuler par ma famille, je me suis fait larguer par mes copines... Mais de toute la bande, c'est moi qui suis clean depuis le plus longtemps.


Est-ce que ce concert en France n'en est qu'un de plus ou avez-vous des souvenirs particuliers de notre pays ?
Duff : pour moi, c'est assez étrange : ma femme est mannequin et elle a vécu quatre ans à Paris. Elle est d'ailleurs ici avec nos enfants. Nous sommes allés nous promener dans le quartier ou elle habitait, on a traîné, bu à la terrasse des cafés. Tu sais, pour nous américains, la France c'est vraiment le romantisme et l'exotisme. Surtout quand tu es en compagnie d'une femme. Il y a vraiment un truc bizare ici. Nous avons pris un taxi pour aller sur l'Ile Saint-Louis, c'était très sympa. Vous savez que les parisiens en particulier ont la réputation d'être malpolis aux Etats-Unis. Je ne comprends pas pourquoi. Je n'ai jamais vécu ce type d'expériences désagréables : c'est peut-être parce que j'essaie de parler français du mieux que je peux, je ne rentre pas dans un bar en gueulant : "Hey dude, fuck, you got an non alcoholic beer, how do I get to the fuckin' Chomp'zéläizé!". Mais les américains pensent également ça des New-Yorkais qui sont en fait les gens les plus cools des Etats-Unis. Je suis quelqu'un d'international. Bon, je m'intéresse à mon pays, je veux que les jeunes s'inscrivent sur les listes électorales pour qu'une bonne nouvelle arrive en novembre et je ne dirais rien de plus à ce sujet. J'ai eu la chance d'aller partout dans le monde, je suis ouvert. Mes gosses sont avec moi en ce moment et je les trouve vraiment cools. L'autre fois en Allemagne, je m'attendais à ce qu'ils me disent que l'Allemand est vraiment une langue très dure. Eh bien non, ils m'ont demandé "Papa, comment on dit merci ?". Je veux qu'ils aient une éducation internationale, pas qu'ils deviennent des petits américains typiques. Mais pour en revenir à ta question, je pense qu'il va falloir arrêter de penser ainsi, car le monde est entrain de rétrécir : "qu'est ce que tu penses de la France ? Qu'est ce que tu penses de l'Allemagne ?". On est tous de la même planète et elle n'est pas très grande.


Tu as parlé des élections et a ajouté que tu ne dirais rien de plus à ce sujet. Pourquoi ?
Duff : Parce que je suis conscient que je fais partie d'un groupe à succès et que je peux influencer des gens par mes paroles. Et je ne le veux pas. Je veux que chacun se fasse son opinion, réfléchisse. Et c'est tout à fait possible. Quand je suis allé à la fac pour prendre des cours de business, il y avait des kids de 18 ou 19 ans, et je peux te dire qu'ils savent penser et réfléchir. Je n'ai pas le droit de les en empêcher en parlant. C'est pourquoi je te dis que je ne veux pas que Georges Bush soit notre prochain président.


Comment déterminez-vous les chansons de Stone Temple Pilots et Guns N' Roses que vous allez jouer sur scène ?
Dave : Comme quand tu choisis tes fringues le matin. Tu prends le t-shirt qui te plait le plus. Bon, il y a des chansons des Guns qui fonctionnent mieux pour Scott. Ce n'est pas un processus rigide, chacun propose, chacun met son veto, c'est un processus démocratique. C'est pareil pour les autres reprises.
Duff : Aux Etats-Unis, nous avons terminé nos concerts par "Surrender" de Cheap Trick. Mais ici, personne ne connaît Cheap Trick. On ne peut pas se le permettre alors, en Europe, nous finissons par "Negative Creep" de Nirvana.
Dave : Nous avons aussi enregistré des reprises d'Aerosmith et Queen, "No More, No More" et "Tie Your Mother Down", mais nous ne les avons pas encore interprétées sur scène. Pour choisir, ça a été pareil, il y a des milliards de bonnes chansons de ces deux groupes, mais nous les avons déterminées en fonction de la voix de Scott.


Depuis la sortie de l'album, vous n'avez pas arrêté de tourner.
Dave : C'était le but. Mais je dois admettre qu'on est un peu fatigués aujourd'hui ! Nous étions à Londres vendredi, en Suisse samedi, en Italie dimanche, en Allemagne hier, à Paris aujourd'hui.
Duff : Et en plus de jouer, on donne des interviews !


Pourquoi êtes-vous aussi disponibles aujourd'hui ?
Duff : Parce qu'avant, nous étions dans Gn'R. Et puis, on a fait une tonne de promo à l'époque. Enfin "on", Slash et moi avons donné plein d'interviews. Aujourd'hui, comme nous sommes un nouveau groupe pas très connu, les journalistes n'ont plus à se faire chier à passer par 10000 intermédiaires pour nous rencontrer. Tout est réduit : notre crew est composé de sept personnes. Sur les tournées Use Your Illusions il y avait 150 techniciens, 26 camions.
Dave : Tiens, au fait Duff, hier, je discutais avec le tour-manager et tu sais ce qu'il m'a raconté ? American Express fait tous les ans un relevé secret de ceux qui dépensent le plus avec leur carte. Quand vous étiez au top, en 1992, le premier était Bill Gates ou un des pontes de Microsoft. Gn'R était deuxième !
Duff : Non ?!
Dave : Si vous chargiez tout sur une seule American Express, les hôtels et vos excès. En un an, vous avez dépensé, sur une seule carte 57 millions de dollars.


Interview publiée en 2004 dans le magazine "Rock Hard".